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Zapping Connection

18 mai 2011 13 commentaires Dominique Padovani
Zapping Connection

Auteur d’un livre à paraître aux Editions Timée le 21 mai, Eric de Ficquelmont a accepté, en avant-première, de répondre aux questions de Critica. Son ouvrage, type essai, est bien écrit mais surtout bien pensé. Il expose comment le zapping s’est peu à peu imposé comme un style de vie, touchant à tous les domaines de la vie quotidienne. De la politique au social, des relations humaines à la culture, de l’information à l’éducation. Chez Critica, nous aurons particulièrement apprécié son analyse du milieu du livre et de la culture en général. Ce Creusois d’origine, habitué aux hautes fonctions vit aujourd’hui à Paris (et en Creuse, insiste-t-il !), et s’impose avec ce premier essai comme un porteur d’idées nouvelles, pas toujours consensuelles, mais qui ouvrent à une réflexion originale et hors des sentiers battus.

Au sommaire de ce dossier de Critic@

Auteur : Eric de Ficquelmont

Editeur : Timée Editions

304 pages – 17 euros

Note Critica : 17/20

Eric de Ficquelmont, auteur de "Zapping Connection"


Critica : Comment vous est venue l’idée de ce livre ?

Eric de Ficquelmont :

L’idée est née à la fois d’un fait, d’un constat et d’un paradoxe. Le fait c’était à la télévision, avec les 20 ans du zapping regardés sur Canal+ en 2009. A l’issue de l’émission, je me suis aperçu que j’étais plein de sensations sympathiques, dirons-nous, mais que rien d’autre n’était resté, imprégné, en moi. Un autre constat s’est imposé à moi par l’expérience professionnelle. En 30 ans, tout s’est considérablement accéléré. Il n’y a qu’à voir, en guise d’exemples, il y a quelques années, le temps qu’il fallait pour faire un aller-retour Nice-Paris. Aujourd’hui, ça peut être bouclé dans une matinée. Quant à la vie des entreprises en elle-même, et à leurs données économiques, sous la pression de la Bourse, des actionnaires, des analystes financiers, les résultats sont passés de l’année au semestre, pour finir au trimestre. Bientôt, ils seront connus à la semaine, voire à la journée. Ce qui m’a interpellé surtout, c’était le pourquoi de tout cela ? Dans quel but ? Pourquoi raccourcir le temps ? Le paradoxe, c’est qu’hier, nos anciens avaient une espérance de vie courte et un temps d’acculturation très long. Aujourd’hui c’est l’inverse. Alors je me suis basé sur ces éléments pour entrer dans une réflexion plus large. Le zapping est-il un épiphénomène ? Touche-t-il seulement certaines personnes ? Affecte-t-il seulement notre relation à la communication ? C’est à toutes ces questions que tente de répondre le livre.

Critica : Pourquoi ce titre de Zapping Connection ?

Eric de Ficquelmont :

Pour faire « anglais » et moderne ! Non, je plaisante. Plus simplement, le mot de zapping est celui qui, d’emblée, s’est imposé à moi. C’est un concept qui englobe aujourd’hui plusieurs comportements : la suractivité, l’oubli, l’accélération. Et le mot de « connexion », au sens de tribu, car dans un univers de plus en plus mondialisé, on assiste au retour des « tribus » d’appartenance et de reconnaissance. L’outil web qui favorise les réseaux sociaux ne fait que surfer sur cette appétence particulière. Bien entendu, le terme de « connexion » car c’est ainsi que l’on définit l’accès à l’Internet. Avec en outre, un petit clin d’œil à ce vieux film de la « French Connection ».

Critica : D’après votre étude, le zapping ne serait pas seulement lié à la télévision ?

Eric de Ficquelmont :

En effet. Dans l’insconscient général, le zapping passe par la fameuse zappette que tout le monde connaît. Mais le zapping à la télé n’est qu’une des manifestations du zapping au sens large. La télé étant au cœur de nos sociétés, elle n’est que le reflet du phénomène. Le zapping touche l’ensemble de notre environnement, social, sociétal, financier, alimentaire, juridique, culturel, et autre…

Critica : le phénomène de zapper à tout va est-il récent ou bien ancien ?

Eric de Ficquelmont :

L’acte de vouloir changer au sens d’évoluer est très ancien. L’histoire de l’homme, au fil des siècles, montre qu’il a eu envie de bouger, d’évoluer. Quant à l’histoire des civilisations, elle nous a montré qu’elles se sont succédées les unes aux autres, se détruisant ou pas, reprenant des bribes des civilisations précédentes pour grandir à leur tour. C’était déjà une forme de zapping. Copier ou se mettre dans les souliers de l’autre. Ce qui est récent, en revanche, c’est la mondialisation du phénomène. Hier, on était dans le réel. Aujourd’hui avec l’accélération induite par les outils de communication, on est passé à un temps virtuel.

Critica : Votre constat vous amène à penser plutôt que le zapping est quelque chose de positif ou négatif ?

Eric de Ficquelmont :

Les deux ! Le zapping est négatif voire dangereux si on ne le maîtrise pas. Si l’on n’a pas la capacité d’anticiper ce qu’il va apporter. En revanche, il est positif pour ceux qui ont les clés, qui savent l’utiliser et le maîtriser. Tout au long de l’ouvrage, j’explique comment justement le maîtriser, afin de ne pas en être otage. Le lecteur le découvrira, un certain nombre de réponses sont apportées. Mais je puis d’ores et déjà livrer la clé principale, ce qui permet de mieux « apprivoiser » le zapping, c’est l’Education. Notamment pour les plus jeunes. Un moyen de le comprendre, de l’assumer et de le dépasser. Il faut revenir aux fondamentaux. On les a trop vite zappés. Attention, je ne suis pas passéiste en disant cela, mais c’est un constat tout bête : on a perdu nos fondamentaux en route… Une étude de l’OCDE non publiée en France (on peut se demander pourquoi) explique qu’en matière de « compréhension de texte », 40% des Français sont incapables de déchiffrer. Dans le même temps, les Américains ne sont que 20% à ne pas comprendre. Les Suédois, seulement 7%. Pire que nous, je crois qu’il n’y a que la Pologne ! On voit bien, à l’utilisation de cette étude, se dessiner les difficultés auxquelles la France est confrontée. Pour résumer, cela signifie que notre pays a plus de risques d’être débordé par le tsunami du zapping !

Critica : Croyez-vous que le zapping est un mouvement simultané et international ou qu’il affecte certains pays plus que d’autres ?

Eric de Ficquelmont :

L’ensemble du monde est touché. Cela part des Etats-Unis, pas seulement dans le domaine de la communication mais aussi dans le domaine des relations à l’autre. Toute la planète est touchée, sauf quelques endroits éloignés. Plus on est au cœur du monde urbain, plus on est affecté.

Critica : Nos dirigeants politiques sont-il, selon vous, touchés par le zapping ? En quoi leur comportement est-il influencé par le fait de zapper ?

Eric de Ficquelmont :

(rires) Oui par définition l’homme politique est au cœur des mouvements de son pays. En France, deux exemples d’hommes qui ont incarné un mouvement de la sorte : Bonaparte était le symbole du romantisme. Notre Président est lui le représentant du zapping ! Un vrai champion zappeur ! Attention, il peut y avoir du positif à cela. On l’a vu au moment de la crise financière ou quand il a été président à la communauté européenne. C’est un réactif. Mais au quotidien, « il tire sur tout ce qui bouge » ! Un fait divers, hop il légifère. Un événement, et il est sur place. Il veut intervenir sur tout, tout le temps. Quitte à regretter plus tard ses interventions, ou ses lois (exemple la loi Hadopi).  Cette excitation permanente désacralise sa mission, sa fonction et a incontestablement créé un flou dans ses lignes directrices. Mais somme toute, les comportements sont les mêmes à gauche ou à droite. Plus que le fond, aujourd’hui, c’est le royaume de la petite phrase choc. Il faut « faire le buzz ». L’activité politique et ses échéances font qu’on oublie de laisser du temps au temps. Certains ministres sont affectés, des leaders politiques et même certains présidentiables.

Critica : Comment apprivoiser le zapping et en faire un outil plutôt qu’un ennemi incontrôlable ?

Eric de Ficquelmont :

J’ai déjà un peu répondu plus avant. Cela passe par un retour aux fondamentaux, mais aussi et surtout à la capacité d’analyse et un retour au bon vieil esprit critique. Tout ce qu’on dit sur la Toile n’est pas une sacro-sainte vérité ! Dans tous les secteurs, il faut être capable d’avoir du recul, de la connaissance, savoir discerner le bon grain de l’ivraie. Sinon, ce sera la porte ouverte aux dictateurs à la fois de la pensée et de l’action.

Critica : Au quotidien et pour vous-mêmes, luttez-vous contre le zapping ou tentez-vous de l’apprivoiser ? Comment ?

Eric de Ficquelmont :

Ce n’est pas un phénomène qui me touche particulièrement. Il faut croire qu’avec l’arrivée de quelques cheveux blancs, j’ai appris à laisser du temps au temps. La vie m’a appris qu’il fallait 80 % de réflexion pour 20 % d’action. Je m’y retrouve assez bien. Mais non, je suis peu enclin à me laisser impressionner par le zapping. Certainement une question d’âge et d’expérience !

Critica : Quels sont les fondamentaux qui vous semblent importants à maintenir ou retrouver pour lutter contre les effets néfastes du zapping ?

Eric de Ficquelmont :

L’éducation incontestablement. Tout passe par là. Pas forcément comme on l’a fait jusque là, mais en se donnant du temps, et s’il y a un métier à re-sacraliser, à valoriser, c’est bien celui du pédagogue.

Critica : A la fin de votre ouvrage, il y a un jeu sous forme de question pour savoir quel type de zappeur nous sommes. Quel résultat avez-vous obtenu ?

Eric de Ficquelmont :

Ah, c’est très embêtant car vous allez croire que j’ai triché, et écrit ce questionnaire pour m’avantager, mais sur 10 questions, j’ai 3 a, 3b, 3c, et 1d… A vous d’en tirer vos conclusions ! (rires).

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13 commentaires pour “Zapping Connection”

  1. louis russier a écrit

    Voilà un essai qui me semble goûteux. J’espère simplement qu’il n’est pas trop difficile à livre. Mais je fais confiance à Critica : si vous l’avez trouvé intéressant, c’est que le livre doit le mériter. Je me le procurerai très certainement.

  2. Lareine a écrit

    Beau sujet ! Qui semblait évident. C’est une bonne idée d’avoir réfléchi dessus.

  3. Kleber Colombes a écrit

    C’est une bonne idée que d’avoir planché sur le zapping. De fait, un sujet chasse l’autre (regardez les événements récents), on ne retient rien et les fondamentaux dont parle l’auteur sont négligés. Cela donne des générations d’imbéciles et d’incultes, qui malheureusement donnent leur avis éclairé sur tout et n’importe quoi. Je vais me le procurer, ce livre. Merci à Critica, de bon conseil, comme souvent. Cordialement.

  4. pirate a écrit

    Moi je dis et je répète : Critica chez Ruquier ! Vous êtes vraiment les meilleurs ! Y a que vous pour dénicher des trucs praeils. Moi d’habitude, les essais ça me gonffle, mais là, je vais me laisser faire. Un 17 chez Critica, ça vaut cherrrrrrr LOL

  5. Christine a écrit

    Merci M. Padovani de nous soumettre ce sujet !
    A la lecture des réponses de M. Ficquelmont je cite :
    « Cela passe par un retour aux fondamentaux, mais aussi et surtout à la capacité d’analyse et un retour au bon vieil esprit critique »
    on peut dire que Critica est dans le vrai !

    Je soutiens pirate : Critica chez Ruquier !

  6. linettescavo a écrit

    bof, moi je ne suis pas tentée. Ca me paraît bien présomptueux et qui c’est ce type pour donner des leçons ? A choisir, je préfére un livre qui me fait rêver. Les essais c’est quand meme pour les bobos qui veulent sa la péter intellos.Sauf quand ils sont écrits par des grands…Ah Montaigne !

  7. Henkel a écrit

    Je n’ai pas compris. Ca parle de télévision ou de comportement ? Si c’est de notre façon de vivre et d’agir, le livre doit être assez pesant, non ?

  8. Jean-François Rafino a écrit

    Pour « revenir aux fondamentaux », comme vous le dites, il faudrait avoir des enseignants possédant un peu plus de culture. Le travail n’est pas qu’à effectuer sur nos petites têtes blondes (enfin, de moins en moins), mais sur la génération Mitterrand. Et si on veut gratter un peu, sur celle de 68 pour qui tout était permis. On voit aujourd’hui les résultats ! Cordialement

  9. Jean-Paul a écrit

    J’ai lu et j’ai aimé ! Fin et intelligent. L’ouvage devrait être lu par nos hommes et femmes politiques. Histoire de les inciter à être un peu plus stables donc crédibles dans leurs positionnements.
    Bravo

  10. René Blanch a écrit

    Je me suis surpris à relire cet ouvrage après avoir entendu les démmélés avec la justice entre les différents concepteurs de régimes minceur ! L’un a t’il plus raison que l’autre ? A vrai dire on s’en fout un peu ! En revanche, et comme vous le dites, le plus grave est cette addiction des femmes pour des procédés qui ne sont pas et ne seront jamais naturels.

  11. Christophe a écrit

    J’ai banni les concombres de mon assiétte. J’évite par un large détour, l’étal de la vendeuse de légumes que ,je sais pourtant honnête. Que m’arrive t-il ? J’ai jeté le reste de moutarde gardé dans mon frigo et je détourne les yeux des steacks hachés. Docteur Zapping pouvez-vous m’aider ? J’ai faim !

  12. Bernard a écrit

    Monsieur Guaino près de Sarko tient à mettre en garde après les attaques de Luc Ferry contre un « Monsieur X » pédophile connu. Il paraît que le risque est important d’un grand déballage ! Et alors ? Pourquoi n’aurait-il pas lieu ? Guaino n’a pas critiqué le grand déballage de l’affaire Clearstream ! Allez ! amusons-nous ! Bravo Ferry ! Vive le déballage !

  13. Jacqueline a écrit

    Vous avez raison, il faut suivre le rythme des saisons pour avaler le contenu de nos assiettes. Y a t-il une saison pour aller en enfer ? L’été par exemple pour les fous furieux de la chaîne alimentaire ! Non ?