Un roman à lire avant la fin du monde !
Auteur : Pauline Michel et Mario Pelletier
Éditeur : Transit Editeur (Montréal)
Prix : 17.90 euros - 304 pages Note Critic@
On fait beaucoup de bruit autour de la littérature nordique, ces derniers temps. Peut-être d’ailleurs beaucoup de bruit pour rien, mais c’est un autre débat… On oublie qu’il existe aussi une littérature québécoise. Emergente, pourrait-on dire. Avec son vocabulaire particulier (tout ne se limite pas à quelques vagues « tabernacle » glissés ici ou là), ses particularismes conservés d’un français d’un autre siècle, et son incroyable inventivité surtout.
J’ignore si « Les amants de la dernière heure » s’inscrit dans une nouvelle littérature ou pas, mais j’ai découvert avec ce livre très québécois un nouveau genre : la science-fiction possible ! La France, vieux, si vieux pays, ployant sous l’orgueil de sa grande littérature – pourtant mise à mal par des générations d’incultes – ne sait plus inventer de mouvements littéraires (du jour où l’on a confié les clés du paradis littéraire à des Houellebecq ou des Beigbeder, on était fichus ! Je ne boirai plus mon café avec eux à Guéthary, l’été, on dirait ! Plaît-il ? Je ne le faisais pas avant ? Vous avez raison, j’ai déserté les bistrots depuis qu’ils y étalent leur mécréantitude ! Tiens, encore un mot à ajouter au « dico Hastoy incontournable »).
Comme dans les délicats domaines de l’humour et de la chanson, la fraîcheur nous vient d’ailleurs ! De ces pays qui continuent d’aimer la langue que nous ne savons plus choyer. Les jeux de mots les plus osés (qui se feraient « lapider » par tous les adeptes du bon goût littéraire français) sont essaimés dans le livre, au hasard de quelque fantaisie de récit. On ne regarde plus avec « des yeux de merlan frit » mais lorsqu’on est une dame, avec « des yeux de merluche frite ». Le chevalier servant n’est plus consort, mais « qu’on sort », j’en passe et des meilleures, cachées à chaque phrase. La Reine de bâtons se met dans les roues du bon usage. D’autres hurleront, personnellement, j’adore… Passée la première surprise, je me suis surprise à relire certaines phrases deux fois…
L’histoire à présent. Imaginons que la fin du monde soit pour demain, qu’une comète fonce à la vitesse de la lumière vers notre planète, que l’héroïne soit fraîchement divorcée, et rencontre l’amour à quelques heures de la fin annoncée du monde… On devrait toujours aimer comme si demain ne devait jamais émerger. Tiens, ça me rappelle la chanson de Pascal Obispo et (d’une autre Québécoise) Natasha Saint-Pier : « Si on devait mourir demain », moi qu’est-ce que je ferais ? Moi je t’aimerais… Voilà, ici c’est tout pareil. Et le romantisme n’en est que décuplé. Même si il n’est rien de plus banal, finalement, qu’une rencontre amoureuse : « Avant cette nouvelle complicité qui les réunissait autour d’un secret partagé, Viviane et Arnaud avaient eu des échanges littéraires, des échanges de mots d’esprit puis d’états d’âme où le coeur versait peu à peu. De fait, ils s’étaient avancés l’un vers l’autre comme sur la pointe des pieds. Avec grande délicatesse et force scrupules. De peur de brusquer, de fêler ou de froisser quelque chose en l’autre. » Imaginons aussi que l’avenir ne soit pas la seule clé, que le passé – allemand – vienne taper aux portes de la mémoire, et révèle les secrets d’une vieille actrice. Imaginons deux chats qui s’aiment et servent de décor animalier à ce roman. Imaginons le Destin, ou le Divin (mais les deux sont ici intimement liés) jouant avec les vies humaines comme il manipulerait des marionnettes… Et vous obtiendrez la sauce (au sirop d’érable) de cette histoire singulière.
Le Québec, place aux chefs, a déjà pu découvrir cet ouvrage depuis le mois de février. La France, elle, devra attendre le mois d’avril (le 25) pour « toucher » cet OVNI littéraire. Pour la première fois de notre existence de critiques littéraires, nous avons conscience d’être certainement à la marge des avis qui seront donnés, en nous posant comme défenseurs d’une façon de manier la langue, différente. Mais sur le fond, amusés souvent, captivés assurément, déroutés parfois, nous avons apprécié ce livre. Au point même de le faire passer en « haut » de la liste de nos retards et de ne pas résister à l’envie de vous en parler en avant-première. Mention spéciale à la couverture, d’une rare beauté !








Extrêmement tentant !!!!!
« Mécréantitude » : Je retiens et je le replacerai à chaque occasion (aië je sens que je vais le dire souvent !!!) mais je n’oublierai pas de mentionner l’auteure !
Je sens que les occasions ne vont -hélas- pas manquer de le replacer celui-là !
Un « OVNI littéraire » du Québec, c’est assez sympa. Et si ça peut nous dépoussiérer de la « mécréantitude » — comme vous dites si bien — des Houellebecq et compagnie, on ne demande pas mieux.
Vive le Québec littéraire libre !
Exactement, Olivier ! En avant pour la « Révolte des Caribous » !
Savi
Bravo! Québécoise pure laine comme on dit ici et ayant travaillé dans le milieu des bibliothèques, je suis parfaitement en accord avec votre critique: » Comme défenseurs d’une façon de manier la langue, différente ».
C’est ce que l’on retrouve dans ce roman en utilisant des mots français qui surprennent agréablement et que l’on
relit pour le plaisir du mot.
Il me plaît de retrouver des personnages mythiques de:
Milady, chevalier, de troglodyte qui s’intègrent au monde moderne comme quoi tous les mondes peuvent exister et se retrouver dans un espace temps.
Merci aux auteurs pour ce plaisir
On a bien hâte, au Québec, à la sortie médiatique de ce fabuleux livre, que l’on puisse en discuter et l’apprécier dans toutes les tribunes. Tel le film Incendies, ce roman nous transporte en dehors de nos frontières habituelles tout en étant truculent et écrit avec un grand talent et un grand amour de langue française et un plaisir de vivre évident. Bravo !
Je me dois de répondre au commentaire de M. Lavigne. À vrai dire, le livre vient tout juste de paraître au Québec, et la promotion n’y commencera vraiment que cette semaine. Cependant, on trouve le roman Les amants de la dernière heure de Pauline Michel et Mario Pelletier dans toutes les libraires des principales villes au Québec.. La diffusion en province est un peu plus lente à démarrer,c’est normal. Mais déjà l’agence de nouvelles des journaux hebdomadaires du Québec – culturehebdo.com – vient d’émettre une critique élogieuse du livre, se terminant par : « Nous recommandons ce titre très fortement ».
Merci et bonne journée
Karine Blot-Hansen
Attachée de presse
Suite à votre critique, j’ai acheté ce livre à Montréal et je l’ai lu d’une traite. Formidable ! Quel romantisme et quelle fantaisie à la fois ! Vous avez raison, c’est un « OVNI littéraire » incomparable.
Merci de nous avoir signalé ce livre rempli de tant de fraîcheur dans un monde si fatigué !
Ah voilà des commentaires qui font plaisir ! Merci Fabienne !