Le Tour du Monde en 80 livres !
Depuis « Mythologies » jusqu’aux « Conquérants », en passant par « Du bon usage des moyens de transport », « Les Vagabonds » ou « Partir en mer », Marc Wiltz, éditeur de livres de voyage depuis quinze ans, a « classé » quatre-vingt livres dont il s’est nourri pour ses propres voyages.
Au sommaire de ce dossier de Critic@
Férus de littérature et de voyage, ce livre est fait pour vous. Un incontournable, signé Marc Wiltz, un voyageur ayant mis sa passion au service de son métier, ou l’inverse. Mais qui est vraiment Marc Wiltz ? C’est ce que nous vous proposons de découvrir grâce à l’interview ci-dessous. Un excellent prélude à la lecture de cet ouvrage qui rejoint, chez Critic@, le Panthéon des bouquins que nous aurons été fiers de vous faire découvrir. Bon, d’accord, Wiltz ne cite pas B. Traven et ça nous chagrine un peu, mais en même temps, 80 livres pour un Tour du Monde, ça oblige à des choix, on comprend… Mention spéciale pour la couverture qui est magnifiquement pensée. Et pour la mise en page, soignée.
INTERVIEW :
Critic@ : Comment passe-t-on d’un diplôme de l’ESC à créateur des Editions Magellan & Cie ?
Marc Wiltz : L’édition est un métier, et créer une maison d’édition est un acte d’entrepreneur qui nécessite de savoir gérer des budgets, maîtriser la trésorerie, négocier des contrats, payer ses impôts et ses charges, choisir les meilleurs fournisseurs, et vendre ! Fort de ces capacités apprises à l’école, d’aucuns en font des choix pour entreprendre dans des créneaux qui « marchent », moi j’ai souhaité les mettre au service de mes passions : lire et voyager, ainsi que je l’explique dans l’introduction du chapitre « Rupture de ban » de ce Tour du monde en 80 livres, où je fais plus loin la chronique de livres majeurs comme Une saison en enfer, d’Arthur Rimbaud, Tropique du Cancer, d’Henry Miller, Voyage avec ma tante, de Graham Greene et Train de nuit pour Lisbonne de Pascal Mercier.
Critic@ : Comment s’est imposé le choix des 80 ouvrages du « Tour du Monde en 80 livres » ? Cornélien ou évident ?
Marc Wiltz : Au départ, et sans vraiment savoir à quoi je m’attelais, je pensais parler des 200 livres du voyage qui m’avaient profondément plu ou ému, mais rapidement je me suis rendu compte de ce côté un peu encyclopédiste et illusoire de la chose. 80 s’est imposé de façon lumineuse à un moment précis, et la difficulté principale est venue de la suppression de livres ou d’auteurs importants comme Stendhal et son amour de l’Italie ou Joseph Conrad et d’autres, que j’ai abandonnés avec regret ; peut-être pour les « traiter » autrement plus tard. Ce sont les chapitres, des thèmes plus « philosophiques » que géographiques, qui ont décidé pour moi ces réunions de 3 ou 4 livres pour les illustrer.
Critic@ : Quels sont, selon vous, les liens qui unissent voyage et littérature ? Les ponts qui les réunissent ?
Marc Wiltz : La curiosité au premier plan. Voyager démarre au moment où on ferme la porte de chez soi et qu’on s’embarque pour une aventure jusque-là théorique, un peu comme la couverture d’un livre. Le voyage naît du pas, et la lecture des pages qui tournent. Et le lien majeur, selon moi, c’est que, par le voyage comme par la lecture, le monde s’offre à nous avec une richesse et une simplicité telles qu’il est bien dommage de s’en priver. On s’explique soi-même et on prend conscience de notre place au monde par le voyage choisi (et non consommé) comme par la lecture. Personne ne doit nous imposer ces moments privilégiés, juste peut-être nous les recommander pour une bonne raison. C’est un peu aussi ce que j’essaie de faire ici, et la récompense majeure que j’ai reçue jusqu’à présent avec ce livre, ce sont des amis qui m’ont dit avoir acheté ou décidé de lire ou relire, l’un Rimbaud, l’autre Bruce Chatwin… parce que j’en parlais avec ces mots-là.
Critic@ : Peut-on bien voyager sans lire ?
Marc Wiltz : Cela me paraît difficile. Il y a tant à découvrir que c’est se priver un peu bêtement de la richesse des autres.
Critic@ : Après tout, la lecture n’est-elle pas déjà un voyage immobile ?
Marc Wiltz : C’est un voyage, certes, mais c’est aussi un moteur dont on ne saisit pas forcément bien la puissance. Je recommande à ce sujet le petit livre superbe de Nancy Huston L’Espèce fabulatrice.
Critic@ : A l’heure du low-cost et du monde « réduit à un mouchoir de poche » existe-t-il encore des « Pierre Loti », de vrais écrivains voyageurs ?
Marc Wiltz : Bien sûr. La distance ne fait rien à l’affaire, pas plus que l’exotisme. C’est un état d’esprit, une volonté, un art qui consiste à saisir l’épaisseur de l’espace. Le voyage n’a que très peu à voir avec le tourisme qui n’est guère qu’une consommation comme les autres.
Critic@ : Est-il difficile d’être à la fois auteur et éditeur ?
Marc Wiltz : J’avais pensé confier ce texte à d’autres éditeurs, mais comme il correspond tellement à l’esprit de la maison que j’y ai vite renoncé. Ce sont deux métiers difficiles, l’un et l’autre indépendamment, mais tellement passionnants que cette ferveur bouscule tout. Je me suis rendu compte à l’écriture d’une chose que je ne soupçonnais pas, c’est le côté physique de l’écriture. Pendant cette phase, je me levais tous les matins sans effort à cinq heures et avec une espèce d’impatience d’en découdre, comme pour un combat contre le temps en cherchant à arracher les mots et les phrases de l’inexprimé.
Critic@ : Et d’être éditeur et voyageur ?
Marc Wiltz : Non, l’un nourrit l’autre. Je suis allé à Mayotte en avril dernier, pour un livre qui sort en 2012.
Critic@ : Si vous deviez partir sur une île déserte et n’emporter qu’un seul livre, quel serait-il ?
Marc Wiltz : Citadelle, de Saint-Exupéry
Critic@ : Vos projets immédiats et à plus long terme ?
Marc Wiltz : Plusieurs projets d’écriture sont encore en gestation, mais je ne sais pas lequel sortira de ma plume en premier. Un texte sur Ulysse dont je connais la construction que je veux lui donner mais je n’ai pas encore trouvé le temps, l’espace et les moyens de le mettre au jour ; un autre sur le Vietnam où je me rends, pour le 7 ou 8ème fois en fin d’année. Et d’autres à « l’étude » qui viendront en leur temps, je l’espère.
Critic@ : Quel est votre pays préféré ? Pourquoi ?
Marc Wiltz : Le Cambodge. Il y a tout dans ce merveilleux pays. Les gens d’abord, et leur douceur ; la richesse d’un patrimoine colossal ; une longue histoire mouvementée, jusqu’à la tragédie des Khmers rouges et la difficile reconstruction d’aujourd’hui ; une nature d’une grande beauté ; la mer et la chaleur ; le sourire chromosomique de chacun du plus jeune au plus vieux.
Critic@ : Une anecdote inédite rapportée d’un voyage ?
Marc Wiltz : Une personne devenue très importante pour moi, rencontrée dans un train, et dont je ne connaissais que le prénom en la quittant…
Critic@ : Comment donnerez-vous envie à nos lecteurs d’acheter votre ouvrage ?
Marc Wiltz : En leur disant qu’à un moment ou à un autre, ils y trouveront, par un thème abordé ou un livre présenté, un miroir d’eux-mêmes.
Critic@ : La question qu’on a oublié de vous poser et à laquelle vous vouliez absolument répondre ?
Marc Wiltz : Pourquoi Ulysse ?
Parce que c’est l’incarnation du destin de l’homme, à la fois son maître et son jouet, comme tout un chacun. Il a refusé une incroyable proposition : celle de devenir un dieu, préférant vivre sa vie d’homme. Que ferions-nous à sa place ? Il nous donne simplement la conscience de nous-mêmes. Merci.







