Les ronchons, dehors !

Les ronchons, dehors !

5 janvier 2011 2 commentaires Dominique Padovani

Dans le cadre de l’opération « Et si on trouvait des bouquins sympas, qui nous détortillent les boyaux en cette période pas glop et qui soient à prix riquiquis », j’ai l’honneur et l’avantage de vous conseiller de vous ruer illico sur « Le Grand Livre du Futur ». Vous y trouverez des palanquées d’aphorismes et sentences absurdes, burlesques, rigolos, comiques, bouffons, et autres adjectifs servilement laudatifs, pour la modique somme de 15 euros, ce qui, Mesdames et Messieurs, ne représente tous comptes bien faits qu’un ancien billet de 100 francs. Autrement dit, une billevesée, presque une caresse, une plume.

D’un autre côté, 125 pages, ça fait pas derche, il faut bien que l’éditeur s’y retrouve : petit format, petit prix. Heureusement, il y a le texte ; et là, c’est du régal, du Friskies, non, mieux, du Sheba, du bœuf Miroton, du Béluga, du Mistral gagnant à toutes les pages. Au programme unique : à quoi va ressembler la planète dans le futur ? 1 – 2 – 3, lancez le déconnando, et les citations, en vrac : sur les Français « Ils ne sont pas sales à proprement parler. Simplement, ils ne se lavent que lorsqu’il le faut, et là où il faut. Exemple : si un Français va chez un médecin pour faire examiner son pied gauche, il lavera soigneusement son pied gauche. Mais si le médecin veut également examiner le pied droit, un deuxième rendez-vous sera nécessaire. D’où le déficit de la Sécurité sociale. » Sur les hôpitaux : « Votre coloscopie sera filmée en 3D et en Odorama. Tous les médecins seront des femmes. Les extrémistes refuseront donc de se faire soigner, et malheureusement, mourront par milliers. » Sur le football : « Dès qu’une équipe marque un but, on recommence le match à zéro pour que personne ne se sente humilié. » Sur Jésus : « Voici les principaux miracles qu’accomplira Jésus : il convaincra J.K. Rowling d’écrire une onzième aventure de Harry Potter. Jésus réussira à annuler le tournage des Bronzés 4. »

Vous en voulez d’autres ? Y’a qu’à demander. Sur les chiards : « Combien faut-il avoir d’enfants ? Question difficile. L’enfant unique est capricieux et égoïste. Lorsqu’on en a deux, ils se disputent sans arrêt. À partir de trois, c’est inabordable financièrement. Je dirai que le nombre idéal d’enfants est 1,7. » Sur les nuits de Saint-Sylvestre (d’actualité, celle-là) : « Réveil difficile après une nuit d’émeutes dans les quartiers : 3.859 véhicules ont été incendiés par des jeunes. Le président de la République dénonce l’irresponsabilité des constructeurs automobiles, qui « fabriquent des voitures beaucoup trop inflammables. » Terminons sur ce jugement sur Françoise Dolto : « Pendant cinquante ans, elle aura encouragé les enfants à « raconter leurs problèmes » plutôt qu’à faire leurs devoirs. Résultat : des générations de terroristes, mauvais en orthographe de surcroît. »

Des auteurs, les deux Emmanuel, je ne sais pas grand-chose et c’est tant pis pour eux. Le premier semble être un spécialiste du cinéma hispanique, ce qui me le rend hautement sympathique, à condition qu’il préfère « El Verdugo » de Berlanga, ou « El Cochecito » de Ferreri (italien, je sais) aux affectations  tendancielles d’Almodovar, que je m’empresserai de pendre par les roupignolles quand je serai dictateur. Le second serait prof agrégé (doivent pas être tristes, ses cours !) et dessine dans les Inrockuptibles. Bref, du calibre.

Drôle, spirituel même, cynique, jubilatoire, caustique et intelligent, ce « Grand Livre du futur ». Tout ça pour 15 euros. C’est presque cadeau.

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L’expo de Coltellacci : sublimer le sublime !

16 décembre 2010 Commentaires fermés ghastoy

Juste avant Noël, offrez-vous le cadeau des yeux et du coeur avec le vernissage, ce vendredi 17 décembre, à l’Otium de Toulouse, de l’exposition de Ivano Coltelacci. Un détour s’impose. Et si vous ne connaissez pas encore, passer par le site http://ivano-coltellacci.com/tous/expositions/expo-sublimer-le-sublime/ vous donnera forcément envie d’y aller !

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Pour l’amour des mots

Pour l’amour des mots

16 décembre 2010 1 commentaire Dominique Padovani

Aznavour l’intégrale. Il va donc falloir que je m’avale 672 pages de la vie du petit Arménien, et je vais tout savoir de sa naissance rue Monsieur le Prince, de sa rencontre avec Piaf, qui doit attendre 36 ans pour être consacré, avec « Je m’voyais déjà », à L’Alhambra. Tout sur sa carrière mirifique, qui lui vaut d’être statufié à Gyumri et détenteur d’une place à son nom à Erevan. « L’Artiste de variété du siècle » selon CNN, et « héros national » en Arménie. Aznavour l’acteur dans plus de 60 films, celui qui a vendu 100 millions de disques à travers le monde, l’auteur de 1.000 chansons. Fastidieux.

Heureusement, tout le fatras biographique, style la revanche du petit Chose, est absent de son « Intégrale » qui se contente d’accueillir la totalité des chansons dont il a composé les paroles. Car Aznavour n’est pas seulement un interprète incomparable, avec cette voix voilée qui n’appartient qu’à lui, mais aussi un auteur, et quitte à pousser le bouchon un peu plus loin, un poète. Vous doutez ? Vous avez tort. Qui est le créateur de : « Et puisque d’autres mains sur ton corps impudique / Sont venues prendre place où mes doigts se sont plu / Et puisqu’un autre cœur donne au tien la réplique / Et que tes joies se fondent aux joies d’un inconnu / Je veux te dire adieu » ? Aznavour bien sûr. Le poète, l’amoureux des mots, celui qui a appris à lier la rime riche avec des mots de tous les jours, comme ses inspirateurs Charles Trenet, Jean Nohain, Francis Carco, Paul Delmet et tant d’autres.

Il paraît que la poésie ne se vend pas, et est passée de mode. Sans doute parce que les recueils édités sont rébarbatifs, abscons, souvent incompréhensifs, voire mirlitonniens et inaccessibles au plus grand nombre. Avec Aznavour et ses mots de tous les jours, elle devient simple comme de la prose, douce comme une soirée d’été. Chapeau, l’artiste !

Puisqu’on s’appelle Critica, permettons-nous une critique, ou plutôt un regret. Que cette somme ne raconte pas la genèse des chansons, les circonstances dans lesquelles elles ont été écrites, la provenance de l’inspiration. Si l’on sait que « Mourir d’aimer » a été inspiré par le suicide de Gabrielle Russier, Charles nous apprend dans son introduction comment lui est venue l’une de ses strophes les plus célèbres : « Emmenez-moi / Au bout de la terre / Emmenez-moi / Au pays des merveilles / Il me semble que la misère / Serait moins pénible au soleil. » Explication : « Un jour que j’étais sur un ferry me menant de Hong-Kong à Macao, je me retrouvai sur un pont plein à craquer. Là, j’observai une population misérable aux ballots mal ficelés, mais qui fumait et riait, assise sur les talons, comme si la pauvreté n’existait pas. » Pas plus compliqué pour qui sait se saisir des instants. Pour l’anecdote, Aznavour ajoute que « Arrivé à mon hôtel, je pris à peine le temps de déposer mon bagage et courus terminer ma chanson. (…) À mon retour en France, ma valise disparut par malheur dans le bateau qui me menait en Sardaigne. ‘Emmenez-moi’, ‘Non, je n’ai pas oublié’ et bien d’autres chansons s’étaient volatilisées avec mon grand carnet de notes. Il m’a fallu un énorme travail de mémoire et de reconstitution minutieuse pour retrouver les paroles initiales. Cette perte m’a laissé le cœur gros pendant dix ans. »

C’est le seul reproche que l’on peut adresser à l’ouvrage, qui, révélation, se lit sans ordre, sans recherche, mais avec un plaisir chaque fois accru. Finalement, 672 pages, c’est peu !

« On m’a pas aidé, je n’ai pas eu de veine

Mais un jour viendra, je leur montrerai que j’ai du talent. »

Te tracasse pas, Charles, à 86 ans (que tu ne fais pas), tu laisses- qui le savait ? – une œuvre écrite, qui te survivra, et que ce livre consacre. Qui peut en dire autant ?

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Bienvenue dans l’absurderie

Bienvenue dans l’absurderie

9 décembre 2010 4 commentaires Dominique Padovani

Quand à la page 40, on se dit « putain, encore 200 pages à se farcir ! », c’est mauvais signe. Déjà qu’on n’est pas payé cher, alors ajouter l’ennui, c’est lourd, lourd ! Et puis à la longue on se fait au style, et au procédé. Car procédé il y a : en deux, trois pages, faire raconter l’histoire par un témoin. Autrement dit, le Jules Cardot, héros du roman, ne prend jamais la parole, ni ne se révèle. Ca vous rappelle quelque chose à vous aussi ? Une fois, deux fois, bravo, c’est effectivement comme dans le film (inspiré du livre de Winston Groom) « Forrest Gump », encore que le simple d’esprit, il lui arrive d’émettre quelques sons.

Forrest, pardon Jules Cardot, enfant adopté d’un couple de lilliputiens (ne pas confondre avec des nains) sans avoir aucun talent sauf celui de parler aux animaux en plusieurs langues, devient ainsi une sorte de génie, de visionnaire, qui traverse le siècle et le monde au milieu de la considération générale. Il est ainsi reconnu comme héros de guerre en Espagne, ne mettant en fait ses talents belliqueux que dans le lit d’une Carmen sur le retour, espion à Peenemünde, résistant en France, scientifique rétribué par la CIA en Laponie, visionnaire écolo et assaillant à Cuba, dans la baie des Cochons, où il trouve la mort. Une vie bien remplie, bien chaotique, irrationnelle, où l’hurluberlu baguenaude sans cohérence, sinon son éternel attachement à son cochon Flatoufli, trop tôt arraché à son affection.

Procédé il y a également dans l’écriture : comme les auteurs sont deux, on imagine ce que fut la rédaction du bouquin : un ping-pong permanent, sans doute par mails. Un chapitre à moi, avec une fin en l’air, si possible cocasse et inattendue. À toi de rebondir et d’avancer dans le déconnando et le loufoque. T’occupes, je prends la suite, et allons-y au canon de 75 ! Parfois ça marche, parfois ça ahane, la faute de l’un, ou de l’autre. Question d’inspiration, de souffle, de créativité, de sens de l’humour aussi, trop moucheté ici.

Dans le registre loufoque, les deux auteurs n’en sont pourtant pas à leur premier essai. On leur doit déjà le « Traité des banalités à l’usage des gens exceptionnels qui ne veulent pas le rester », et « 26,5 auteurs qu’il faut absolument avoir lus, mais qui n’existent pas ». Tout comme Jules Cardot d’ailleurs, personnage illustre mais totalement inventé. Une veine qu’ils sont les seuls à exploiter, à mi chemin entre l’humour anglo-saxon et Alfred Jarry, en moins luxuriant, et malheureusement en moins drôle : j’ai ri aux éclats seulement deux fois, ce qui est trop peu pour un ouvrage dont le but avoué est au moins d’arracher des sourires. Dommage. Mais pour le prix (seulement 13,50 euros) on aurait finalement tort de se priver.

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Pourquoi lire Dantzig ? Ou l’histoire d’une amère déception…

Pourquoi lire Dantzig ? Ou l’histoire d’une amère déception…

1 décembre 2010 4 commentaires ghastoy

Quelle déception ! Je m’étais préparée à ingurgiter ce livre avec avidité, voire une certaine boulimie. L’auteur dont la réputation n’est plus à faire (C’est lui qui nous a pondu son Dictionnaire égoïste de la Littérature française, entre autres), le sujet, la promesse de pages dédiées à l’amour de la lecture, tout y était. Et puis, vlan…

Moi qui, en vieillissant, ne supporte plus les avis tranchés, me méfie comme de la peste des certitudes absolues, des luttes de castes, des adhésions massives et collectives à un sujet, m’y voilà confrontée à chaque page ou presque. Les avis de monsieur Dantzig me hérissent le poil. Ses « je » semés un peu partout me dérangent profondément. Je m’attendais à autre chose…

D’ailleurs avec un titre pareil : « Pourquoi lire ? », on s’attend forcément à autre chose… Zut, zut et re-zut, je ne vais pas quand même pas devoir  m’attaquer à un type comme Dantzig ? On va encore dire que la Hastoy tire à boulet rouge sur tout ce qui passe, et pour qui se prend-elle et bla bla bla… Mais bêtement, j’avais fixé tellement d’espérances sur cet ouvrage, c’est bête j’en conviens, mais je m’étais dit que je retrouverais ici l’amour des livres exprimé par Umberto Eco (le Graannnnddddd monsieur) et Jean-Claude Carrière dans « N’espérez pas vous débarrasser des livres ». Là, oui, je m’étais régalée. Là, j’avais lu et relu des passages, annoté certaines remarques, j’avais senti cet amour inconditionnel et passionnel pour les bouquins transpirer à chaque ligne. Tandis qu’ici… Forcément la comparaison s’impose et tout ce que je puis dire, c’est qu’elle n’est pas en faveur du soudain petit Charles.

Exemple à l’appui ? Allez, c’est parti mais vous ne direz pas que je ne vous avais pas prévenus :

Page 41 : « Le charme de la littérature est souvent créé par le lecteur en état d’enfance. Beaucoup y restent. Ce sont ceux qui transforment les romans en best-sellers. Et les femmes restées des gamines rêvant d’amour mènent à 300.000 des nunucheries qui pansent les douleurs d’avoir pour mari un goujat qui mange les coudes sur la table, et les hommes restés des adolescents à idées quittent les émissions de foot sur TF1 pour les romans d’anticipation écrits par des cons apocalyptiques. »

Dans le genre « généralisons à tour de bras et fourrons tout le monde dans le même panier », c’est fort ! Il y a aussi les petites personnalisations et avis qui n’engagent que l’auteur. Exemple page 58 :

« Le bolchevisme, né du livre, a protégé les livres. Marx a sauvé Pouchkine. Ecriveurs, aussi ! Je ne me rappelle pas sans mélancolie l’été 88, le dernier été joyeux de nous autres, l’élite du Parti, à relire, sur la terrasse de notre datcha au bord de la mer Noire, le Marxisme et les problèmes de linguistique, de Joseph Staline (à mon sens meilleur que Les Problèmes économiques du socialisme en URSS). Je demanderais qu’on brûle mes livres plutôt qu’un homme. »

Je passe sur les en-têtes de chapitres, tous plus nuls les uns que les autres, dans le genre « Lire les trous » ou « Lire pour se masturber ». Bref, il y a peu de points abordés dans ce livre qui recueillent mon adhésion, ou du moins ma compréhension. Mais j’y pense… Le problème ne vient-il pas de moi ? Suis-je trop idiote pour lire Dantzig ? Pas assez philosophe ? Trop « attachée au sujet de façon désordonnée et subjective » ? Bien possible. Mais si je ne dois retenir que l’aspect « plaisir », alors je n’en ai pris aucun à la lecture de cet ouvrage que je vais m’empresser d’oublier.

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Une belle décaunnade !

28 novembre 2010 1 commentaire

Bonne idée d’avoir confié à Antoine de Caunes le soin de rédiger le « Dictionnaire amoureux du rock ». D’ailleurs qui aurait pu faire mieux ?

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Meilleur à l’écrit qu’à l’oral

23 novembre 2010 6 commentaires

L’entreprise d’icônisation est en marche. Alain Bashung, chanteur à la voix enrouée, à mi-chemin du rock et de la chansonnette, qui marmonnait ses mots comme Gainsbourg à son déclin a droit à son livre posthume.

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Janet et Robbie

22 novembre 2010 1 commentaire

Accessoirement, vos livres sont beaucoup trop chers ! Je veux bien que produire des sous-auteurs justifie de rogner sur les prix de fabrication, mais tout de même… Qui voudra acheter cela hormis les tontons et taties de vos auteurs ?

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Manifestations… d’ego ?

22 novembre 2010 Commentaires fermés

Manifestations » de Myriam Lopinto-Royer n’échappe pas à la règle des bouquins inutiles qui ne devraient JAMAIS voir le jour.

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Pour ou contre la désertion ?

22 novembre 2010 1 commentaire

Ah celle-là, elle est bonne… Qui eut cru qu’un simple bouquin jeunesse, simplement et sobrement intitulé « Déserteurs » provoquerait un tel séisme à la Rédac de Critica ?

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