Bien de la peine à PhnomPenh
Dans le cadre de l’opération « tiens, un héros exotique de plus ! », voici Vincent Calvino, un ancien avocat new-yorkais, devenu détective privé –naturellement désabusé- à Bangkok, comme quoi rien n’est inéluctable sur cette terre. Bangkok ? S’agirait-y pas comme annoncé de Phnom Penh, plutôt ? Eh ben non, car l’enquête démarre dans la capitale siamoise, où un farang, un Canadien de 200 kilos vendeur de bijoux nommé Stuart Leblanc vient d’être occis, à l’aide de cyanure fourré dans son brownie. Ce qui est plus vicieux qu’un coup de machette. Pourquoi ? Tels Dupont et Dupond, Calvino va mener l’enquête, suivi comme son ombre par le colonel de police Pratt (sans parenté avec Hugo, ni avec le Noilly) Chongwatana, qu’il a connu lorsqu’il étudiait à la Grande Pomme.
Un coup d’avion et plongée dans Phnom Penh (capitale du Cambodge pour ceusses qui ont fait football en première langue), où notre Calvino entend comprendre le pourquoi du comment du trucidage de Stuart. Pas vraiment le bienvenu, le Sam Spade local, avec son joli costume et sa cravate, au milieu d’aventuriers en tee-shirts, la barbe de trois mois et les dents couleur cachou Lajaunie. Naturellement, Stuart n’était pas ce qu’il prétendait être, un bon gros amateur de chairs et de bières fraiches, mais un trafiquant de bijoux, doublé tant qu’à faire d’un marchand d’armes. D’où la présence d’agents des services secrets canadiens dans les pattes des deux compères. On aura au moins appris grâce à ce livre qu’ils existaient.
Inutile de préciser qu’on nage dans un univers post Apocalypse Now, ou plutôt post Pol potien : on patauge dans le glauque des rades à remugles de bourbon et de pisse froide, de putes passe-partout, vérolées jusqu’à la glotte et caquetantes comme de vieilles poules, de mercenaires quémandant un contrat, de débris se faisant un fix en s’inventant un passé, à défaut de se construire un avenir, de poivrots abrutis de bière tiède. On s’y croit, dans ces relents de moisi, de pisse froide et de soupes chaudes, et ce bruit constant de mobylettes mal réglées. Ici, la remarque fait mouche : « Les rues avaient l’apparence et l’odeur d’une chiotte après le passage d’une bande de hooligans. » Si l’on ajoute le vacarme des tirs d’AK-47, le plus souvent en l’air, pour faire cesser la pluie, et de temps à autres vers une cible prise au hasard, pour chasser l’ennui, on a une idée assez juste de la « ville aux quatre visages ». Édifiant.
Sur le livre en soi, dommage que la mise en page ne soit pas vraiment sexy, que le traducteur ait laissé passer trop de répétitions de termes ou d’expressions et que l’intrigue mette autant de temps à démarrer. Comparé à la torpille Gérard de Villiers, Moore, c’est un conducteur de tortillard ; il aime vraiment trop s’écouter écrire, d’où un côté verbeux assez superfétatoire. Voire un peu chiant. Un livre d’action, ça doit actionner. À part ça, pour briller dans les salons, sachez que Christopher Moore est Canadien, qu’il a abandonné le journalisme pour se vouer à l’écriture, qu’il en est déjà à son 17e ouvrage, qu’il vit à Phnom Penh (étonnant, non ?) et qu’il n’est guère surprenant que vous ne le connaissiez point (joli, ça, comme quoi je peux faire dans le précieux ridicule !) puisque ce « Zéro heure à Phnom Penh » est son premier bouquin traduit en français. De là à se ruer sur les linéaires pour l’acquérir, il y a de la marge, mais si Tata Yoyo veut vous offrir un bouquin relax pour votre anniversaire, ou pour préparer votre prochain voyage en Asie, autant choisir celui-là, il existe des polars bien pires. Des meilleurs aussi.







